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Notre Message l’Espérance. Notre Voie la Paix. Notre Choix le Mieux Vivre Ensemble.

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14 avril 2021

La saveur du mois de Ramadân

Le mois de Ramadân arrive toujours comme à terme, au 9ème mois de l’année lunaire, attendu telle une célébrité cosmique qui a son propre parfum, dont un hadith dit à son sujet : « Voici venu à vous le Purificateur ! » Il ne s’agit pas seulement d’honorer un rite de la tradition humaine, d’observer un jeûne aux vertus thérapeutiques ou d’exceller dans l’art culinaire, mais d’œuvrer en sa période à élargir notre conscience et à participer à un voyage intérieur où le viatique doit être léger, bon et frais, en suivant le rythme cadencé de ses stations. La première dizaine du mois avance vite, une Miséricorde ; la seconde, à pas mesuré, le temps du Pardon ; la dernière, la plus lente, propice au Repentir, comme pour aboutir à une halte de notre propre accomplissement dans le silence et la paix retrouvée de l’âme.

Il est dit dans le Coran : « Que celui qui aura vu (chahada) le mois de la nouvelle lune, qu’il le jeûne ! » Le jeûne se définit par l’abstinence et l’élévation, il exprime un élan de piété vers Dieu. Il invite à l’ouverture au Vivant, à la découverte de soi et la compréhension d’autrui, à nourrir l’action par le discernement, à cultiver la vérité du fil blanc de l’universel et limiter le fil opaque du repli sur soi. Le jeûne permet de se détacher du rythme profane et de s’affranchir des contraintes du quotidien en leur donnant leur juste mesure. Le mois de Ramadân apporte ainsi son goût du sacré, en ce sens qu’il ravive la conscience de la proximité du divin, presque à l’image du témoignage de foi (la Chahada) puisqu’il s’agit de s’abstenir de l’illusion des habitudes et de l’illusoire qui amène à n’affirmer que Lui, Dieu, Allah. Car le mois de Ramadân est le mois de Dieu. Ibn ‘Arabî dit que « Ramadân » est le Nom divin1 qui régit l’ensemble de ce mois, par le statut de jeûne dans la journée et par celui de rupture et de veille pendant la nuit. Quelle belle récompense et quelle généreuse faveur pour le jeûneur que d’être ainsi dans Sa Présence de jour comme de nuit, comme pris dans un Souffle parfumé au sein d’une Nébuleuse heureuse dans le Ciel !

« Quand mes serviteurs t’interrogent à mon sujet, en vérité je suis proche, je réponds à celui qui m’invoque quand il m’invoque » (Sourate 2- verset 186). Durant ce mois, la lune, la terre et le soleil sont saisis dans leur parfaite interaction dans le spectacle quotidien de l’alternance de l’ombre et de la lumière, du jour et de la nuit, pour se rapprocher de nous de la plus belle proximité par les termes consacrés de l’imsak et de l’iftar que le maître Ibn ‘Arabi rapporte à leur principe dont ils sont extraits, indiquant qu’il s’agit ici encore de Noms divins qui opèrent pendant le jour par Rafî’, « Celui qui élève en degrés » et par Moumsik « Celui qui retient« , et pendant la nuit par Fâtir, « le Séparateur« , en référence à certains versets coraniques 2.

Le ciel et la terre, c’est aussi symboliquement notre âme et notre corps, notre raison et notre cœur. Tous sont invités à jeûner. Le verset « Ô vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit… » (S.2-v.183) convie particulièrement l’Homme par cet appel au pluriel, à une véritable éducation de nos sens et au rappel du sens, en s’adressant à ses différentes composantes cachées ou apparentes, intérieures ou extérieures de son être, de son corps, de ses pensées, sa vue, son ouïe, sa langue, son ventre et son sexe.

La Veillée, bien qu’ornée du repas au mille et une saveurs de « chorba« , de lait, de dattes ou de « cœur de l’amande« , devient plus qu’une nourriture terrestre, mais vigilance et sobriété, reconnaissance de notre indigence et culture d’espérance, par conséquent renouvellement de spiritualité couplée à une attention à la santé, véritable écologie du système vivant. Cette veillée est, en ce mois de Ramadân, une part de lecture renouvelable, ouverte, faite de compréhension universelle et de connaissance du message vivifiant du Coran. De ce repas, la chorba, prendre une chorbatoun, goûter une part de conscience, tel un secret à découvrir en soi, cœur subtile de l’amande, luz, à la mesure des capacités de chacun. C’est surtout l’attente d’une descente généreuse, l’espérance d’une éclosion en « poudre d’étoiles brillantes » d’une Paix, la Naissance d’une Nouvelle Conscience.

Comme l’a si bien exprimé Cheikh Khaled Bentounes, « C’est en ce mois béni que l’Esprit Saint descend dans le cœur du croyant, purifié des passions, libéré des ambitions, affranchi des contraintes de l’égo ; il se transforme en temple de l’adoration de l’Unité Créatrice« 3.

Tel est l’accomplissement et le secret de la venue répétée de ce mois qui nous laisse à son départ la promesse de Sa présence.

Abdelkader Zoulim

Pôle Hygiène et Santé de AISA-ONG Internationale

1. Ibn Arabî. Textes sur le Jeûne. Ed. Al Bouraq.

2.    « Louange à Dieu, Créateur/Séparateur (Fâtir) des cieux et de la terre« (S.35-v.1).       » Celui qui élève en degrés « (Rafî’) (S.40-v.15) et « Dieu retient les cieux et la terre« , ici le terme retient traduit celui du verbe youmsik, Dieu qui retient est le Moumsik (S35-v.41).

3. Cheikh Khaled Bentounes. Vivre L’Islam, Le Soufisme aujourd’hui.

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